jeudi 25 août 2011

Etats-Unis : réseau de trafic d'armes et drogues démantelé


Source : The Associated Press

Les autorités policières américaines auraient démantelé, jeudi dernier (18 août 2011), un réseau de trafic d'armes et de drogues auquel participaient des membres de la communauté irakienne de San Diego et un important cartel mexicain de narcotrafiquants.

Les policiers de la ville d'El Cajon, près de la frontière entre les deux pays, ont précisé que plus de 60 suspects qui seraient associés au Syndicat de crime organisé chaldéen ont été épinglés. Les trafiquants expédiaient depuis El Cajon des armes à des Irakiens de Détroit, où l'organisme a son quartier-général.

Les policiers fédéraux et ceux d'El Cajon ont ajouté avoir saisi huit kilos de métamphétamines, de narcotiques, de cocaïne et d'autres drogues ; plus de 1600 kilos de marijuana ; 630 000 dollars américains en espèces ; quatre mines artisanales et plus de 30 armes, dont des fusils d'assaut.

L'enquête a débuté en avril quand un agent américain d'infiltration s'est vu offrir une grenade par un immigrant, qui lui a promis pouvoir en obtenir d'autres d'une source militaire mexicaine.

Cette source serait en fait le cartel de narcotrafiquants de Sinaloa, le plus puissant du Mexique. Son chef, Joaquin «El Chapo» Guzman, est devenu immensément riche et compte parmi les hommes les plus recherchés de la planète depuis qu'il s'est évadé de prison il y a dix ans.

VIDEO. La Vierge qui pleure attire toujours des fidèles


Source : Le Parisien

En mars 2010, une icône de la Vierge Marie avait défrayé la chronique en versant des larmes d’huile. Aujourd’hui, elle ne pleure quasiment plus, mais les visiteurs continuent d’affluer.

Arnaud Baur | Publié le 15.08.2011, 07h00

Malgré l’Assomption, aucune visite n’est organisée aujourd’hui dans la maison de Garges-lès-Gonesse abritant l’icône de la Vierge Marie, qui a tant fait parler d’elle l’an dernier. Plus d’un an et demi après la passion déchaînée par les larmes qu’elle versait, ce qui avait attiré alors des centaines de pèlerins de nombreux pays, le petit pavillon de ces chrétiens orthodoxes d’origine turque accueille pourtant toujours les croyants.

« Cela n’a pas changé, indique Christine, une des filles de la famille. Le tableau représentant la Vierge est toujours placé au fond du couloir menant à la chambre de notre mère, à gauche. Le cadre en Plexiglas qui avait été posé à l’époque est encore en place. Mais le tableau est très abîmé à force de frotter dessus avec des morceaux de coton… »

Au mois de mars 2010, la nouvelle avait fait le tour du monde. Une icône de la Vierge pleure des larmes d’huile à l’intérieur d’une maison à Garges-lès-Gonesse. Miracle ou supercherie? Des centaines de croyants affluent. De l’ensemble de l’Ile-de-France, d’autres régions de France, d’Europe… Certains viennent même des Antilles, des Etats-Unis, d’Australie ou de Chine pour voir de leurs yeux, toucher, prier, se recueillir. Tous ou presque prennent en photo l’icône. Certains essuient le tableau à l’aide de petits bouts de coton afin d’emporter le « divin liquide ». Sur place, force est de constater qu’un liquide gras et jaunâtre coule légèrement sur le mur en dessous du tableau. Explications scientifiques, interprétations ésotériques, tout le monde y va de son commentaire. L’objet de dévotion, une icône en bois offerte par un patriarche grec de l’église orthodoxe Georges-Bizet à Paris (XVIe) fait en tout cas couler beaucoup de salive et d’encre.

VIDEO. Les incroyables larmes de l'icône
Visionnez la vidéo sur le site internet du Parisien en cliquant ici !

Les larmes s’étaient interrompues au bout de quelques semaines, aussi subitement qu’elles étaient apparues, mais cela n’empêche pas les fidèles ou curieux de continuer à venir frapper à la porte du pavillon. « Cette année, ça s’est tout de même calmé, souffle Christine. Mais on reçoit énormément de courrier. On essaye d’y répondre au maximum. Nous accueillons les gens un jour par semaine, généralement le mercredi. Désormais, ce sont souvent les mêmes personnes, une dizaine ou une vingtaine habitant la région, qui reviennent. »

Toujours sollicités, les propriétaires du pavillon ont interrompu les visites durant les vacances d’été afin d’avoir un peu de vie privée. « Il y a eu trois naissances dans la famille cette année, glisse Christine en guise d’explications. Toutefois, les visites reprendront en septembre. » D’autant qu’à en croire la famille le « miracle » s’est reproduit. « La toile suinte de temps en temps, notamment lors des fêtes religieuses. Cela a d’ailleurs été le cas à Pâques cette année », rapporte Christine.

Le Parisien

mercredi 24 août 2011

« Jeunes, n’émigrez pas », lance Mgr Warduni aux jeunes irakiens


Catéchèse du vicaire patriarcal chaldéen de Bagdad

ROME, Vendredi 19 août 2011 (ZENIT.org) – « Jeunes, n’émigrez pas, soyez enracinés dans le Christ. Notre terre a besoin de vous ! ». C’est ainsi que Mgr Shlemon Warduni, vicaire patriarcal chaldéen de Bagdad s’est adressé aux jeunes arabes chrétiens au cours de la seconde catéchèse des JMJ de Madrid.

Le prélat, cité par l’agence italienne SIR, a rappelé l’importance de « rester attachés au Christ pour porter du fruit pour nous, pour l’Eglise et pour nos pays. Ces fruits sont le témoignage, le pardon, la réconciliation et l’accueil. Le Christ est notre espérance », a-t-il affirmé.

« Notre présence ici à Madrid doit nous renforcer dans la foi et nous enraciner en Christ », a poursuivi l’évêque. « Ce n’est qu’ainsi que nous réussirons à trouver la force, le courage et la fermeté pour dépasser chaque obstacle ».

« Le Christ nous veut dans notre terre d’origine qui a besoin de nous. Nous ne nous cachons pas les difficultés qui sont nombreuses, mais nous sommes invités à faire comme les disciples du Christ qui après la descente de l’Esprit Saint n’ont plus eu peur et ont commencé à témoigner de l'Évangile ».

« Vous êtes les témoins de l'Église du Moyen-Orient – a enfin affirmé le prélat en parlant aux jeunes irakiens, égyptiens, syriens et libanais – qui compte sur vous pour continuer à avoir un avenir. Mais il est nécessaire d’être enracinés en Christ à travers la prière, les sacrements et le partage de vie comme nous le faisons actuellement à Madrid ».

Irak : La liberté de tuer !


Mgr Shlemon Warduni, évêque chaldéen de Bagdad
Photo AED

Source : Aide à l'Eglise en Détresse

En entrevue avec l’organisme de charité catholique l’Aide à l’Église en Détresse (AED), à Madrid lors des Journées Mondiales de la Jeunesse, Mgr Shlemon Warduni, évêque chaldéen de Bagdad, a dénoncé la situation des chrétiens en Irak.

Il faisait ainsi référence au regain de violence que ceux-ci ont subi lors des attaques ayant eu lieu à travers le pays, lundi dernier. En effet, plus de 65 personnes ont été tuées et 50 autres blessées dans au moins 17 attaques distinctes dans le pays, dont deux à Kut, une ville au Sud-Est de Bagdad.

Il a aussi critiqué la détérioration de la sécurité dans le pays depuis l’invasion de l’Irak en 2003. « Pourquoi sont-ils venus? Pour faire quoi? Pour nous donner la liberté, la liberté de nous tuer les uns les autres? » S’est-il demandé.

« Je suis avec vous jusqu’à la fin »

Puis, Mgr Warduni a déploré la diminution de la présence chrétienne dans le pays, en pensant à l’exode des fidèles à l’étranger à cause de la violence. Selon les estimations, le nombre de chrétiens en Irak ne dépasserait pas 200 000. « Il y a eu plus d’immigration ces quelques dernières années que dans les 300 précédentes. »

L’évêque de Bagdad a souligné sa détermination à rester dans le pays malgré la violence en disant : « Je suis un évêque, je suis un berger, je dois être là jusqu’à ce que le Seigneur m’appelle ailleurs.»

Ensuite, en parlant de la foi des communautés chrétiennes en Irak, il a dit : « Notre espoir est seulement dans le Seigneur. » Il a invité tout le monde à prier pour la paix et la sécurité et pour éclairer les gouvernements à faire le bien pour l’Irak et le Moyen-Orient.

L’évêque a de plus condamné les pays et les entreprises qui font le commerce des armes permettant ainsi aux malfaiteurs de commettre ces actes de violence.

Puis, il a parlé de la nécessité pour les chrétiens d’avoir confiance en Jésus dans les moments difficiles. « Pour nous, chrétiens, notre force est dans le Seigneur. » Puis ajoutant « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » « N’ayez crainte. »

Enfin, Mgr Warduni a remercié l’AED pour son aide à l’Église en Irak : « Je remercie tout le monde de l’AED et je prie pour chacun d’eux.»

En guise de conclusion, il a imploré chacun de faire de son mieux pour que la paix et la sécurité reviennent « sans quoi nous ne pouvons vivre. »

mardi 16 août 2011

A Kirkuk, les chrétiens persécutés veulent promouvoir le dialogue interreligieux


Benoît S - LA VIE

Pendant 15 jours, les membres de l'association "Fraternité en Irak" partent à la rencontre des minorités religieuses au Kurdistan, pour témoigner de leur soutien et distrubuer des médicaments, avec l'appui de Mgr Sako, archevêque de Kirkuk. Au jour le jour, lavie.fr publie le récit de leur voyage et de leur action, au fil de leurs rencontres.

"Le plus beau pour moi depuis que je suis évêque à Kirkuk c’est d’aller à la rencontre des communautés musulmanes, pour initier un dialogue" nous explique Mgr Sako. Le 31 mai 2011, peu de temps après un attentat important et des enlèvements dont celui d’un chrétien qui a été retrouvé assassiné, tous les représentants musulmans de la ville se sont rassemblés dans la cathédrale à l’invitation de l'évêque.

L’objet de cette rencontre était de demander tous ensemble à la Vierge Marie de donner la paix à Kirkuk. Nous sommes très impressionnés par cette rencontre porteuse d’espérance pour les minorités religieuses du Proche-Orient. Au fil des discussions nous comprenons qu’il existe à Kirkuk de vrais échanges avec les représentants musulmans et même une relation d’amitié.

Pour Mgr Sako, il s’agit aussi d’inviter les musulmans à réfléchir sur le Coran, à "amorcer une exégèse, à dialoguer sur les fondements de notre foi respective […] Les chrétiens doivent découvrir la dimension missionnaire de leur présence dans les pays musulmans. Nous devons promouvoir le dialogue interreligieux sur la base des identités diverses, en établissant une relation fondée sur une compréhension mutuelle. Nous voulons croire en l’espérance, malgré les désillusions et de nombreuses difficultés".

Hier, l’évêque a remis à l’hôpital central de Kirkuk les 300 kg de médicaments que nous lui avons apportés. Il souhaite que ces médicaments soient mis à disposition de tout le monde, spécialement les personnes pauvres, sans distinction d’appartenance religieuse. Ce geste de partage à l’égard des autres communautés de Kirkuk, à la veille du Ramadan, est un beau symbole. Quelle joie immense pour nous de savoir que ces médicaments (antibiotiques, anti-hypertenseurs et traitements contre l’asthme) difficiles à financer, pourraient être donnés dans une perspective aussi belle : soigner et contribuer à approfondir l’amitié entre les communautés de Kirkuk. Et comment aurions-nous pu imaginer l’écho de cet événement : une vingtaine de chaines de télévision ont fait le déplacement…  Ce dialogue avec les représentants musulmans nous impressionne : peut-être y a-t-il là des leçons à tirer pour faciliter nos rapports avec l’islam en France notamment après les récentes polémiques ?

A Kirkuk nous avons aussi rencontré une représentante de la communauté des Mandéens - des disciples méconnus de Saint Jean-Baptiste. Persécutés eux aussi, ils se sont pour certains réfugiés à Kirkuk. L’avenir de cette communauté étonnante et mystérieuse se joue actuellement en Irak. Le rôle que les chrétiens du pays jouent pour les aider est émouvant : des persécutés aident d’autres persécutés, gratuitement. La générosité des uns envers les autres, dans un contexte encore complexe, et malgré les différences, est un exemple. Dans une ville comme Kirkuk, où les tensions restent palpables, ces initiatives ouvrent une voie salutaire pour l’avenir du dialogue interreligieux.

"L'exil n'est pas la solution"


Hubert Montfort - LA VIE

L'association "Fraternité en Irak" continue son périple au Kurdistan, à la rencontre des minorités religieuses. Avant de quitter Kirkuk, la capitale, le groupe a rendez-vous avec Chad, diacre à la cathédrale.

Il fait encore très chaud lorsque le soleil descend à l'horizon comme pour saluer notre dernière veillée nocturne à Kirkuk, l'une des plus anciennes cités du monde. La journée a été riche d'échanges et d'émotions. Nous avons rendez-vous avec Chad, diacre à la cathédrale.

L'hospitalité arabe n'est pas un mythe, elle l'est encore moins chez les Irakiens. Comme tout rituel multiséculaire, elle possède ses codes et ses passages initiatiques. Pour Chad, nous serons acceptés sous son toit à condition de rendre au préalable visite à ses parents, puis à ses beaux-parents. Une manière de mieux nous introduire dans sa famille et dans son quotidien. Avant d'y parvenir nous devons traverser en voiture les rues défoncées de Kirkuk, qui nous rappellent qu'il règne encore ici un vrai climat d'anarchie : les trottoirs sont poussiéreux et jonchés d'immondices, les voitures roulent à tombeau ouvert, quelques feux de poubelles illuminent la nuit. «Welcome in Irak» ! nous lance le diacre.

Après ces visites d’une ou deux heures, nous arrivons enfin dans le foyer familial de Chad, cellule confortable et tranquille où nous nous sentons en sécurité, mais aussi, d’une certaine manière, un peu en état de siège. Nous sommes alors accueillis par son épouse et deux petits visages poupons au sourire coquin : Manar (la lumière en arabe), neuf ans, fils aîné de notre hôte et sa petite sœur Maryam. Pendant que les parents s'affairent dans la cuisine, nous écoutons attentivement le garçon au piano : ses petits doigts habiles nous jouent l'hymne national irakien, tout un symbole pour ces gens déchirés entre leur attachement à cette terre natale et leurs rêves d’une vie plus sûre hors d’Irak.
Comme souvent depuis le début de notre voyage le dîner commence par les traditionnelles formules d’usage. Et cette fois, lorsque nous leur demandons comment nous pouvons leur rendre service en tant qu’Européens, les langues se délient. Chad et sa femme Maara acceptent de nous ouvrir leur cœur. Pour ce père, l’exil n’est pas la solution car quoi qu’il arrive un réfugié restera toujours un étranger aussi bien dans sa terre d’accueil que dans sa terre d’origine. « Cette terre est ma terre ! Personne n’oblige les oiseaux ou les animaux à quitter leurs maisons ! Alors pourquoi nous ? ».

Pour la mère de famille, en revanche, la fuite apparaît comme la seule manière d’échapper vraiment au danger, et de mettre à l’abri ses deux enfants. Pourquoi, nous dit-elle, chaque pays européen ne pourrait-il pas accueillir une petite partie des réfugiés chez lui ? Au sein de ce couple, le déchirement entre partir ou rester, illustre à lui seul, dans cette petite salle à manger de Kirkuk, toutes les difficultés qu’éprouvent les chrétiens d’Irak. Au sein du couple, c’est la communion qui a pris le pas sur le reste. Au hasard des regards, nous devinons que la complicité amoureuse s’est affermie au fil des difficultés. Alors que Maara se lève pour nous servir, Chad, la prenant par la taille, nous lance fièrement : « Regardez comme elle est belle ! ».

Les bouleversants témoignages des réfugiés de Sulaymania


Benoît S - LA VIE

Après plusieurs jours passés à Kiruk, capitale du Kurdistan, l'association "Fraternité en Irak" continue son périple à Sulaymania, où ils recueillent les témoignages de plusieurs familles de chrétiens persécutés.

En quittant Kirkuk nous réalisons combien nous nous y sommes attachés tant les rencontres que nous y avons faites ont été intenses. Sur la route de Sulaymania les check point se suivent à mesure que nous quittons le désert et que des montagnes lui succèdent. Accueillis pour le déjeuner par le curé, abouna Ayman, nous comprenons vite que nos rencontres seront très différentes de celle de Kirkuk, où les familles habitent encore leur ville d’origine. Abouna Ayman nous montre la grande salle paroissiale où il a accueilli plusieurs dizaines de réfugiés, après l'attentat du 31 octobre à la cathédrale de Bagdad.

Quelques heures après notre arrivée, nous rencontrons plusieurs familles. Nous précisons qui nous sommes, le but de notre venue. Un homme prend la parole, expliquant que chaque famille dans la salle a une histoire lourde à nous raconter. « Un matin, j'ai trouvé une lettre à mon nom. Nous étions menacés de mort. Ma famille et moi devions quitter Bagdad sous 48h. Nous avons dû tout abandonner. Je suis parti en Syrie tandis que ma femme et mes enfants étaient heureusement accueillis ici ».

Une femme au regard triste prend la parole à son tour. Le père Ayman se charge de la traduction. Elle est arrivée de Bagdad il y a une semaine. Suite à des menaces, sa famille a dû déménager une première fois au sein même de Bagdad et s'est installée dans le quartier de Dora. Appelé autrefois « le petit Vatican », cette zone est l'une de celles où les persécutions sont aujourd’hui les plus violentes. Une nuit, leur propriétaire vient les sommer de quitter l'appartement sur le champ. Ils refusent. Surgit un minibus dont les occupants les menacent de mort. La gorge de la femme se noue à mesure qu'elle raconte son histoire. Elle ne peut retenir ses larmes au moment où elle évoque les « accidents » dont ses fils ont été victimes. L'un a eu l'audition endommagée suite à l'explosion d'une voiture piégée sur le chemin de son école, l'autre a eu le tympan arraché par le souffle de la bombe qui a ravagé le magasin dans lequel il travaillait.

Walid arrive lui aussi de Bagdad. Il avait déjà fui Mossoul où sa femme était contrainte de porter le hijab et où plusieurs de ses voisins ont été kidnappés. « En rentrant chez nous, nous craignions systématiquement d'être attendus par des terroristes, j'étais en permanence inquiet pour ma femme et ma fille, c'est pourquoi nous avons fui à Bagdad. Le lendemain de l'attentat contre la cathédrale du Perpétuel Secours, une personne est venue à moto devant chez nous en nous désignant comme des chrétiens... Mon père a subi la même menace un peu plus loin. Nous sommes partis. Ma famille et moi avons été très bien accueillis ici à Sulaymania ».

Ces témoignages nous émeuvent autant qu’ils nous pétrifient. Nous sommes, malgré la terrible souffrance exprimée, heureux de voir que ces gens très éprouvés ne sont pas abandonnés. Les derniers témoignages insistent sur l'accueil que la population leur a réservé, sur les aides reçues du gouvernement, sur la grande fraternité qui unit tous les chrétiens de la ville.

Cris de joie dans les montagnes du Kurdistan


Raphaëlle Autric - LA VIE

Les membres de l'association Fraternité en Irak, partis à la rencontre des chrétiens persécutés du Kurdistan, poursuivent leur périple à Enshkey, un petit village montagnard où ils ont assisté à la cérémonie de communion de 20 jeunes Irakiens.

Nous quittons la plaine pour les montagnes du Kurdistan. Un vent de sable fait ployer les arbres. La nature devient plus verte, nous perdons quelques degrés. A flanc de colline, nous retrouvons Mgr Rabban, évêque chaldéen, dans le petit village de Komani, à majorité chrétienne. Dans la cour de l’évêché, plusieurs enfants sont assis en rond et récitent quelque chose en araméen, sous le regard attentif d’une jeune catéchiste. Ici, les chrétiens parlent encore la langue de Jésus. Demain est un jour important pour eux puisque une vingtaine d’enfants feront leur première communion dans l’église du village d’Enshkey, à quelques kilomètres de là.

Le lendemain, nous arrivons juste à l’heure. Les communiants sont vêtus de blanc, garçon d’un côté, filles de l’autre, l’évêque derrière. Devant, un enfant de cœur aux yeux noirs porte une grande croix. Ils attendent de rentrer dans l’église. Cette dernière est minuscule. Les autres enfants, nombreux, sont placés à l’extérieur sur des petits bancs. Le curé de la paroisse nous dira à la sortie qu’il a demandé aux familles de ne pas venir au complet, faute de place. A l’intérieur, la climatisation refroidit l’air tant bien que mal et les ventilateurs ronronnent. Le piano électrique est lancé, les enfants entrent cérémonieusement et se placent dans le chœur, chantant à plein poumon des refrains qu’ils connaissent sur le bout des doigts. Les petites filles portent des voiles bordés d’un liseré rouge. L’évêque célèbre la messe, assisté par le curé du village, le père Samir Yousif. Au moment de la communion, un homme passe dans les rangs pour distribuer des mantilles en dentelles blanches aux femmes qui n’ont pas la tête couverte.

Nous voici désormais incognito parmi les fidèles. La cérémonie est émouvante. A ma gauche une vieille femme pleure. Sans doute son petit-fils ou sa petite-fille fait partie des enfants de blanc vêtus. Sans doute est-elle émue de voir se transmettre de génération en génération la foi de ses ancêtres. Ainsi depuis 2000 ans chez ce peuple assyrien. Les enfants s’approchent de l’autel l’un après l’autre, entourés de leurs parents, et communient pour la première fois. La messe touche à sa fin. Les youyous des femmes éclatent comme autant de cris de joie saisissants. Avant de sortir de la petite église, les jeunes viennent entourer leur évêque pour une photo de groupe. Les petits regards bleus se figent pour toujours.

Dehors ont été dressées plusieurs tables. Sous la chaleur, les chocolats fondent à vue d’œil. Nous sommes embrassés autant que les petits enfants. Les gens sont curieux de nous, nous proposent à boire, nous posent des questions. La fête dure jusqu’au soir. Nous voici chez une famille qui a réuni pour l’occasion voisins et amis. La petite communiante, toujours en habit blanc, trône dans un large fauteuil, au centre des invités. Les hommes préparent la viande. Les femmes nous font entrer dans leur danse, les enfants gesticulent au milieu. Ce soir, sous les étoiles d’Enshkey, nous ne voyons que les sourires de nos hôtes. Ce soir, la joie et les rires prennent toute la place.

Emigration ou repli communautaire?


Hubert Montfort - LA VIE

Les membres de l'association Fraternité en Irak, dont nous publions le carnet de bord au jour le jour, poursuivent leur périple dans les villages montagnards du Kurdistan, à la rencontre des familles chrétiennes réfugiées.

Après la belle célébration de première communion à Enshkey, nous marchons à la suite d’Abouna Samir, jeune prêtre chaldéen en charge de cinq villages montagnards aux alentours. Ordonné à Mossoul, cet italianophone a dû quitter la ville en raison des persécutions. Il nous présente sa mère, ses sœurs et ses frères qui se sont installés définitivement dans leur résidence secondaire d’Enshkey. Face à l’insécurité et aux attentats, ils ont été dans l’obligation de vendre leur maison de Mossoul pour un prix trois fois inférieur au prix normal.

Nous comprenons que les minorités religieuses de la deuxième ville d’Irak vivent l’enfer au quotidien : les gangs et les groupuscules djihadistes y font régner leur loi, les quelque centaines de familles chrétiennes restantes doivent s’acquitter d’impôts auprès des différentes factions pour acheter leur tranquillité ou plutôt leur survie.

Au cours de cette entrevue, nous faisons également la connaissance de Youssef, 23 ans, le jeune cousin du père Samir, qui a fait des études pour être professeur d'anglais. Contrairement à de nombreux jeunes de son âge, Youssef ne veut pas quitter son pays : il est indispensable pour lui de rester auprès de sa famille.  Il vit donc à plein temps à Enshkey. Certes on s’ennuie un peu dans le village, alors il envisage d’aller enseigner à Dohuk, la grande ville kurde de la région, où à l’initiative de l’évêque chaldéen, Mgr Rabban, un lycée international a vu le jour. Celui-ci accueille gratuitement tous les élèves : chrétiens, musulmans, Turkmènes, Kurdes, filles et garçons, et tous les cours sont dispensés en anglais. Pour autant, le jeune homme comprend les aspirations au départ de certains chrétiens, il a d’ailleurs un grand frère qui est parti en Allemagne. La première raison, c’est "qu’ils n’en peuvent plus de souffrir. Quand vous avez changé trois ou quatre fois de maison, quitté Mossoul pour Bagdad, puis Bagdad pour le Kurdistan, à cause des terroristes, alors vous n’avez plus qu’un seul désir : quitter le pays pour toujours".

Par ailleurs les chrétiens arabophones du sud de l’Irak, de Mossoul et de Bagdad ne parlent pas kurde, ce qui est un sérieux handicap pour leur intégration. "Souvent, nous dit Youssef, les commerçants kurdes peuvent arnaquer les arabophones. Il est plus difficile aussi de trouver un travail". Logiquement ces réfugiés se sentent étrangers au Kurdistan.

Quitte à être des étrangers, certains préfèrent l’être en dehors d’Irak. Dans son village, Youssef se sent en sécurité, même si la vie n’a pas toujours été idyllique : avant 2003, Saddam Hussein avait confisqué des terres pour faire construire son palais sur la plus haute colline de la commune. Youssef ne se souvient pas de ce temps là. Il sait juste que Saddam l’a pris dans ses bras quand il n’avait que six mois. Au cours des années 1980 et 1990, les expéditions punitives du régime ont fortement éprouvé les populations civiles, au point qu’on parle de génocide.

Les Kurdes, qui ont acquis une certaine autonomie depuis l’intervention américaine, sont certes tolérants avec les chrétiens qu’ils savent pacifistes, mais continuent à cultiver une certaine méfiance. Pour les chrétiens du Kurdistan la marge de manœuvre est donc ténue entre le repli communautaire et l’émigration. Mais Youssef veut rester optimiste : le maintien des chrétiens en Irak, du moins au Kurdistan, là où ils sont en sécurité aujourd’hui, ne peut se faire sans deux piliers : la santé et l’éducation, car « sans cela les jeunes et les familles vont partir ».

A la découverte du père Gabriel, l’ange de Ninive


Hubert Veauvy & Hubert Montfort - LA VIE

Après la rencontre avec les familles chrétiennes des villages montagnards du Kurdistan, le pépiple de l'association Fraternité en Irak se poursuit au monastère Saint Marie d'Al-Quosh, près de Mossoul.

Al-Quosh : nous arrivons dans ce petit village chrétien au milieu d’une immense plaine jaunie par le soleil, non loin des rives du Tigre. Parfait pour les amoureux de vieilles pierres, le monastère Sainte Marie d’Al-Quosh, à une courte distance de Mossoul, est l’un des grands centres spirituels chaldéens. Vigiles armés de kalachnikov autour de ce fort Alamo à la sauce moyen-orientale, cour intérieure, murs ocres et vieilles portes de garde en bois : ce monastère ressemble plus à une hacienda mexicaine du 19e siècle qu’à une abbaye occidentale.

Au dessus de nous, à 2 km, juché sur une barre rocheuse, fondé au 7e siècle après JC, le sanctuaire de Saint Hormizd veille sur la plaine de Ninive. C’est l’un des premiers lieux de présence chrétienne en Orient. Il a résisté à toutes les invasions, des Mongols aux Ottomans, en passant par les Arabes. Aujourd’hui les moines sont redescendus dans la plaine, y trouvant plus d’espace et de tranquillité.
Pour autant, le nouveau couvent reste cette forteresse de savoir et de foi, garante des traditions de l’Eglise orientale. C’est dans ce lieu hors du temps que nous vivons, l’espace de deux jours, une sorte de retraite reposante au milieu de notre voyage.

Silhouette allongée, cigarette au bec, lunettes carrées, portable vissé à l’oreille et humour ravageur, voici le Père Gabriel à la tête de cette abbaye de huit moines. Cet abbé hors du commun est un équilibre subtil entre l’amateur de belles antiquités – italiophone ayant vécu 10 ans à Rome, il nous dévoile quantité de pierres sculptées, icônes et vieilles armes – et le prieur d’un courage et d’une foi à toute épreuve. Tout le monde le connaît et l’apprécie dans la région, y compris les Yazidis, adeptes d’une religion mystérieuse, que nous sommes allés rencontrer un soir.

Sous sa houlette bienveillante, nous sommes donc allés rendre visite à plusieurs familles des alentours, le tout à une cadence rapide : le padre Gabriel est plutôt du genre pressé et ne s’attarde jamais longtemps au même endroit. Au bout d’une vingtaine de minutes d’entretien, nous avons en général le plaisir d’entendre un sonore et catégorique "andiamo" : c’est le signal pour nous de remonter à bord du pick-up du monastère pour aller à la découverte d’autres amis. Car il connaît tout le monde !

C’est avec lui également que nous découvrons une tradition bien ancrée chez ces prêtres aux nerfs solides, habitués à l’humour grinçant : les blagues ecclésiastiques. Il nourrit une affection particulière pour les évangéliques américains… A ceux d’entre eux qui tentent de rallier les chaldéens, héritiers d’une foi bimillénaire, à leurs Eglises, il conseille plutôt d’aller jouer les cow-boys en Amérique du sud ou d’annoncer le Christ aux musulmans… "Evangéliser un chaldéen, c’est comme apprendre à un Italien à peindre ou apprendre à un Français à jouer du piano...".