lundi 8 août 2011

Chroniques syriaques : Saladin et l'épopée des Ayyoubides


Chroniques syriaques
Ephrem-Isa Yousif
Peuples et Cultures de l'Orient
298 pages, novembre 2010
Prix : 26,60 €

L'épopée des Ayyoubides se déroula du XIIe au XVe siècle. Cette dynastie kurde fut fondée par Ayyoub et son fils Saladin. Elle régna sur l'Égypte, le Yémen, la Syrie-Palestine, la Transjordanie et la haute Mésopotamie. Après la mort du grand Saladin, en 1193, d'autres princes ayyoubides gouvernèrent divers royaumes et principautés, Damas, Alep, Homs, Hama, Kérak, Maïphercat, Hisn Kaifa. Trois chroniqueurs chrétiens, Michel le Grand (1126-1199), l'Édessénien anonyme (mort après 1237) et Bar Hébraeus (1226-1286), nous ont parlé dans la langue de leur peuple, le syriaque, un dialecte araméen, de l'épopée. Ces chroniqueurs syriaques nous ont donné leur vision de cette riche période de l'histoire, l'une des plus brillantes dans les domaines culturels et artistiques, dont ils furent les témoins.

Ephrem-Isa Yousif, originaire de Sanate, un village de la haute Mésopotamie, est l'auteur de plusieurs livres sur la Mésopotamie et sur la culture syriaque. Diplômé de l'université française où il obtint deux doctorats, en Philosophie et en Civilisations, il a enseigné la philosophie pendant des années à Toulouse. Aujourd'hui, il donne des cours et des conférences dans diverses régions. Il a déjà publié des ouvrages comme Les Chroniqueurs syriaques, La Floraison des philosophes syriaques, Les Syriaques racontent les croisades.

La langue araméenne et ses dialectes : Passé, Présent et Avenir ?


Source : le blog du professeur Ephrem Isa Yousif (Qanya). Le professeur Ephrem Isa Yousif était invité par l'Association d'Apprentissage de la Langue Araméenne (AALA) à donner une conférence sur l'histoire de la langue araméenne. La conférence qui a réuni plusieurs dizaines de personnes s'est tenue le samedi 16 avril 2011 à Gonesse.

L'araméen

Parmi les langues prestigieuses que l’humanité développa au cours de son histoire, figure la langue araméenne.

Première période : araméen classique

Les Araméens, nomades sémites du nord du désert de Syrie, s’étaient répandus dans tout le Proche-Orient au début du premier millénaire avant notre ère, formant de petits royaumes, comme en Syrie. Dans une inscription royale du roi d’Assyrie Téglath-Phalasar I, datée de 1110 av.J.-C., les Aklamu qualifiés d’araméens sont mentionnés.

Les Araméens adoptèrent au XI° siècle les 22 signes de l’alphabet phénicien pour noter leur langue qui se propagea en Orient Ancien et prédomina grâce aussi aux marchands babyloniens. Cette langue des échanges, de la diplomatie et de la culture devint Lingua franca. Elle se répandit à l’intérieur des empires néo-babylonien et néo-assyrien. Au huitième siècle, les petits royaumes araméens furent soumis par le roi assyrien Téglath-Phalasar III (745-727 av. J.-C.) et déportés en masse, ce qui concourut à la diffusion de leur langue. 

Durant la dernière période de l’empire assyrien, l’araméen fut accepté par les Assyriens comme seconde langue à côté de l’akkadien, qu’elle supplanta en partie. L’on a trouvé des papyrus et des tablettes d’argile rédigés en araméen.

Les plus anciens documents en écriture araméenne, provenant du nord de la Syrie, datent du neuvième siècle avant l’ère chrétienne : Inscriptions royales, traités diplomatiques, comme sur la statue de Hadad-yis’i à tell Fekheriye, légendes de sceaux, textes religieux à Neirab, en Syrie du nord. Après les conquêtes de Cyrus, la langue araméenne devint la langue officielle de l’empire achéménide (539-330 avant J.-C.), et se répandit fortement en Mésopotamie, en Anatolie, en Égypte, en Syrie-Palestine.

En Palestine, au premier siècle de notre ère, elle constitua la langue du peuple, l’hébreu restant la langue liturgique et celle des hautes classes. Jésus et ses apôtres s’exprimaient en araméen. Dans l’Ancien Testament, certaines parties des Livres d’Esdras, de Daniel, et le livre de Tobie, le livre d’Enoch, le Testament de Lévi, trois textes apocryphes, furent écrits en araméen. Le Talmud de Babylone fut rédigé aussi en araméen.

Deuxième période : Araméen syriaque

Au tournant de l’ère chrétienne, au nord de la Syrie, la langue araméenne évolua en une série de dialectes. Elle prit un nouvel élan, avec le dialecte syriaque. L’écriture syriaque apparut pour la première fois dans des inscriptions rupestres, dans la ville d’Édesse (l’actuelle Urfa, au sud-est de la Turquie) et sa région. L’écriture syriaque était alphabétique, elle comprenait 22 signes représentant des consonnes, elle s’écrivait de droite à gauche. Elle se développa à partir du troisième siècle, elle acquit les formes de l’écriture dite « Estranghelo », du grec stroggulê, (rond).

A cause des disputes théologiques, la communauté syriaque se divisa durant le cinquième siècle en Nestoriens ou Syriaques de l’Est, vivant dans l’Empire perse, et en Jacobites (qui étaient monophysites) ou Syriaques de l’Ouest, établis dans l’Empire byzantin.

Avec la conquête arabe, au septième siècle, et l’arabisation du Proche-orient, le syriaque perdit du terrain et de l’influence.

Les Syriaques produisirent une grande littérature, commentaires de la Bible, théologie, philosophie, sciences, médecine. Citons parmi les grands philosophes Bardessane (153-222), Sergius de Rashaïna (+536), Sévère Sebokht (+667), Honayn Ibn Ishaq (808-873), Matta Ibn Yunis (+940), Yahya Ibn Adi (+974) et Ibn al-Tayyeb (+1043) . Parmi les historiens, Michel le Grand (1126-1199), Elie de Nisibe (975-1046) et Bar Hébraéus (1226-1286) s’illustrèrent particulièrement Du troisième siècle au treizième siècle, l’influence des Syriaques, de leur langue, de leur religion, s’étendit vers l’Asie centrale et la Chine.

Troisième période : Araméen moderne (Soureth)

Aujourd’hui la langue araméenne est parlée par 2 millions de personnes environ, qui sont les Assyro-Chaldéens et les Syriaques orthodoxes et catholiques.

Ils utilisent toujours l’alphabet syriaque.

Ils sont un demi-million dans la Diaspora, établis aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Europe. Le foyer de leur langue demeure la Haute Mésopotamie, où plusieurs villes et villages s’expriment en araméen, répartis autour du lac d’Ourmia en Iran, dans la région du Tour’ Abdîn au sud-ouest de la Turquie, et en Syrie, dans la région du fleuve Khabour.

Depuis 1992, au Kurdistan irakien, dans le Département de l’Éducation Nationale fut créée une Section spéciale pour l’enseignement de la langue syriaque. Une soixantaine d’écoles et quatre lycées suivent ce programme, officiellement enseigné par des professeurs laïcs.

Une trentaine de revues et de magazines paraissent régulièrement au Kurdistan irakien autonome. Quatre chaines de télévision diffusent en langue syriaque des programmes intéressants, Ishtar TV, Ashur TV, Suroyo TV, suryoyo Sat.

La lumière de la langue araméenne continue à briller.

12 avril 2011 Paris
Ephrem Isa YOUSIF

Le rêve brisé des Assyro-Chaldéens

Claire Weibel Yacoub,
L’introuvable autonomie
. Cerf, mars 2011,
309 pages, 20 €.

Chrétiens de la première heure, les Assyro-Chaldéens ont connu bien des aléas au xxe siècle et, comme les Arméniens, un génocide en 1915. Ils font partie des minorités chrétiennes orientales protégées par la France. Ils sont très actifs durant la Conférence de la paix qui suit la Première Guerre mondiale, mais n’arrivent pas à faire prendre en considération leurs revendications. Cela ressort des très nombreuses notes en bas de page, qui renvoient à des documents d’archive surtout en anglais, en partie inédits. C’est l’une des richesses de cet ouvrage dont la lecture est très profitable et enrichissante. L’auteur n’hésite pas à souligner les divisions qui ont marqué cette communauté et ont empêché qu’elle puisse faire entendre ses demandes, d’autant que les rivalités entre Alliés, Anglais et Français, n’ont pas facilité la tâche. Ces pages présentent les régions de l’est méditerranéen qui sont souvent passées sous silence au profit d’ensembles plus connus. Les correspondances des missionnaires des différentes congrégations, que Claire Weibel Yacoub utilise abondamment, permettent de se faire une meilleure idée de la situation politique et sociale à cette époque. Un ouvrage intéressant sur une question peu évoquée jusqu’à présent. À recommander.

Mésopotamiens, chrétiens depuis deux mille ans, les Assyro-Chaldéens furent remplis d'espoir au lendemain de la Première Guerre mondiale.

Ils ne sont pas des inconnus pour l'Occident. Les premiers contacts remontent au XIIIe siècle. Au XVIIe siècle, la France passe même pour être leur protectrice. Pourtant, au XXe siècle, leur destin bascule. Durant la Grande Guerre, tout comme les Arméniens, ils sont victimes d'un terrible génocide en 1915. Dès l'armistice, les Assyro-Chaldéens s'enthousiasment pour les idées de liberté et d'autodétermination.

Le rêve d'une patrie les saisit. Lors de la conférence de la Paix à Paris. ils soumettent pas moins de onze mémorandums aux grandes puissances, tandis que sept délégations sont présentes à Paris. L'historien Arnold Joseph Toynbee en fournit un éclairage inédit. La France et la Grande-Bretagne sont en rivalité pour l'hégémonie sur les territoires de l'ex-Empire ottoman. La question assyrochaldéenne sera-t-elle abordée dans ce grand jeu d'échecs que se livrent ces deux Grands ? Ces pages d'histoire insuffisamment connues sont ici décryptées à travers différentes sources dont certaines sont inédites.

Les épreuves vécues par les Assyro-Chaldéens durant la Grande Guerre sont à méditer pour comprendre leur présent. Aujourd'hui seront-ils, une nouvelle fois, les grands oubliés de cette tragédie collective qui se déroule sous nos yeux en Irak ? Succédant à la SDN, que fait l'ONU pour protéger ces minorités autochtones ? Pour y répondre, il est indispensable de savoir ce qui s'est joué lors de la conférence de la Paix, entre 1919 et 1925. Cet ouvrage y contribue. 
  
Sensible à la question des chrétiens d'Orient, proche des Assyro-Chaldéens, Claire Weibel Yacoub, laborantine, diplômée en Droits de l'Homme, a rédigé cet ouvrage au terme de multiples recherches, rencontres et investigations auprès de différentes sources britanniques et françaises.

Sommaire :
LES ASSYRO-CHALDEENS N'ETAIENT PAS DES INCONNUS
L'occident avait des liens historiques avec les Assyro-Chaldéens avant 1919
L'occident était informé du génocide de 1915
L'après-guerre et les futures négociations de paix
  • LE REVE MIROITE


  • Union assyro-chaldéenne à Constantinople
    Les revendications des Assyro-Chaldéens à la conférence de la paix
    Les Assyro-Chaldéens divisés
    LE REVE BRISE
  • Le traité de Sevres : 10 août 1920

  • Sèvres révisé, conséquences néfastes pour les Assyro-Chaldéens
    Désillusions pour les Assyro-Chaldéens

    Surma l'Assyro-Chaldéenne (1883-1975) : dans la tourmente de Mésopotamie


    Auteur : Claire Weibel Yacoub (épouse du Professeur Joseph Yacoub)
    Editions de l'Harmattan
    Collection des Peuples et Cultures de l'Orient
    Prix : 23,75 €

    Avec l'occupation américaine en Irak, refait surface autour de Mossoul l'autonomie des Assyro-Chaldéens, une minorité presque oubliée.

    Une femme, Surma (1883-1975), plaida la cause de ce peuple sa vie durant. Fille de l'Assyrie ancienne, chantre de l'Eglise d'Orient nestorienne, autrefois rayonnante, proche parente de patriarches de cette Eglise, Surma fut un temps la lumière de sa communauté. Lors de la Première Guerre mondiale les Assyro-Chaldéens, tout comme les Arméniens, subirent les assauts des troupes turques et des irréguliers kurdes et furent victimes d'un génocide en 1915. Pour fuir ces assaillants, Surma accompagna l'exode massif des siens de Turquie vers la Perse, puis vers l'Irak. A la table des Grands de ce monde, elle accepta la régence de son peuple pour le défendre. Troublant le jeu des autorités britanniques et irakiennes, elle fut écartée de la scène politique et exilée sur l'île de Chypre. Au terme d'une vie tissée des fils du tragique, son errance la mena jusqu'en Grande-Bretagne, et finalement aux Etats-Unis. Ce livre narre son histoire.
    Surma l'Assyro-Chaldéenne L'auteur, Claire Weibel Yacoub, retrace la vie mouvementée de Surma, soeur de Mar Benyamin Shimoun, patriarche de l'Eglise Apostolique d'Orient, considérée comme une princesse, qui a lutté durant toute sa longue existence (1883-1975) dans l'espoir d'obtenir un territoire indépendant pour son peuple exterminé en même temps que les Arméniens par les autorités ottomanes. Le livre apporte de précieux renseignements sur les coutumes de cette très ancienne communauté assyrienne.

    jeudi 4 août 2011

    JMJ : Les Assyro-Chaldéens y seront !


    Source : Catholique95.com

    Les Jeunes en route vers les JMJ de Madrid se préparent. Plus de 600 Valdoisiens seront dans la capitale espagnole du 16 au 21 Août. Parmi eux, les 200 jeunes chaldéens de la paroisse St Thomas de Sarcelles.

    Dimanche 31 juillet, lors de la messe dominicale du soir, ils étaient rassemblés dans la belle église pour la messe et une rencontre. Lors de l’homélie, Mgr Riocreux a rappelé l’histoire des JMJ, depuis celles de Saint Jacques de Compostelle en 1989, en rappelant le thème de chacune des JMJ, dont celles de Paris en 1997 et Sydney en 2008.

    L’évêque de Pontoise, visiblement heureux de la rencontre avec ces jeunes, a appris par le Père Sabri Anar, que 17 jeunes chaldéens d’Irak, du diocèse de Mossoul, arriveront le dimanche 7 Août en France et se joindront au groupe de Chaldéens de France.

    Rendez vous a été pris ensuite pour le jour du départ, le 9 Août, et pour une rencontre de l’évêque de Pontoise à Tolède, diocèse d’accueil de la communauté chaldéenne.

    Irak : les chrétiens courent le risque d'être éliminés



    Source : Zenit

    La situation des chrétiens en Irak est de plus en plus difficile, souligne le nouveau supérieur des dominicains à Bagdad, le père Amir Jaje, expliquant que certaines franges extrémistes cherchent à éliminer leur présence du pays, alors que d’autres profitent des violences pour s’enrichir.

    « Al-Qaeda veut déraciner tout ce qui est étranger à l’islam », dit-il dans un entretien accordé à l’association internationale Aide à l’Eglise en détresse (AED).

    Le père Jaje est aussi vicaire provincial de son ordre dans le monde arabe. Ce dernier compte deux couvents en Irak, un au Caire, un en Algérie et un confrère au Liban.

    « Comme toutes les minorités, les chrétiens sont victimes des conflits entre grands groupes et utilisés souvent comme monnaie d’échange entre sunnites et chiites ou, comme cela est le cas dans le nord, entre sunnites et kurdes. Ces derniers soutiennent par exemple vouloir défendre les chrétiens dans la vallée de Ninive, uniquement pour s'approprier des terres appartenant historiquement aux sunnites », précise-t-il.

    « Si un conflit devait survenir, nous chrétiens seront les premiers à en payer le prix fort ». Il souligne toutefois que « réunir les fidèles dans une zone particulière est très dangereux, et nous risquons fort d’être éliminés ».

    Le père Jaje pense que les chrétiens devraient être sur tout le territoire irakien, évitant ainsi à celui-ci de perdre une grande richesse.

    Interrogé sur l’état des relations entre les religions, le père Jaje a souligné la dimension un peu « abstraite » du dialogue face à un problème aussi aigüe que celui de la coexistence au quotidien.

    Établir des relations pacifiques avec l’islam, implique « une récupération de la base commune de valeurs humaines que la guerre, dans la plupart des cas, a détruites » a-t-il ajouté. « Ce sont sur ces valeurs qu'il faut travailler pour reconstruire l'Irak », affirme-t-il.

    Le père dominicain a décrit à l’AED un scénario dramatique : chute brutale du nombre de prêtres présents sur le territoire (sur la trentaine présents il y a six ou sept ans, il n’y en a plus que 8 de rite chaldéen) ; climat d’insécurité en hausse (un père qui sort le matin de son couvent ne sait pas s’il rentrera le soir).

    « Mais malgré la peur, nous devons vivre et avoir foi en l’avenir », a-t-il ajouté se disant à la fois étonné et réconforté de voir que « malgré toutes les graves difficultés, la foi des personnes est très solide et le besoin d’une rencontre personnelle avec Dieu très fort ».

    « Les terroristes peuvent tuer les personnes, mais ils ne pourront jamais nous enlever ce que nous aons de plus précieux : notre foi », a-t-il conclu.

    Première messe dans une nouvelle église en Irak


    Source : Chrétienté.info

    La première messe dominicale dans la nouvelle église Saint-Paul, située à l’extérieur de Kirkouk en Irak, a été célébrée le 10 juillet dernier par l’archevêque de Kirkouk des Chaldéens, Mgr Louis Sako. L’édifice, qui a été inauguré le 7 juillet, se trouve à une dizaine de kilomètres du centre de Kirkouk. Il s’agit de la première église construite en Irak depuis la chute de Saddam Hussein. Cette église servira à une communauté d’environ deux cents familles récemment arrivées dans cette ville du Kurdistan après la vague de violence qui a touché les communautés chrétiennes irakiennes. Mgr Sako a déclaré :

    « L’Eglise se trouve hors des murs de la ville, comme l’Eglise des Tre Fontane à Rome, qui rappelle le lieu où l’apôtre Paul a été martyrisé. Et c’est pour cela que dimanche, durant l’homélie, j’ai voulu rappeler Paul : un chrétien qui vit dans un contexte particulier mais qui ne perd jamais le courage ni la confiance d’aller de l’avant malgré les difficultés. J’ai expliqué à ma communauté paroissiale combien la figure de saint Paul est importante pour la chrétienté et ce que son martyre a représenté. Dans le martyre, il n’y a pas que la mort, mais aussi la vie et la présence constante de Dieu ».

    Le terrain où l’église a été construite a été donné à la communauté chrétienne par le gouvernement de Bagdad et une partie des travaux a été financée par le président Jalal Talabani.

    mercredi 3 août 2011

    Rencontre avec les chrétiens du village de Seikanian


    Source : La Vie (Raphaëlle Autric - publié le 01/08/2011)

    Pendant 15 jours, les membres de l'association "Fraternité en Irak" partent à la rencontre des minorités religieuses au Kurdistan, pour témoigner de leur soutien et distribuer des médicaments. Lavie.fr publie leur carnet de bord, au jour le jour...
    Les rues de Kirkuk sont blanchies par le soleil de midi. La chaleur rend l’air trouble : il fait presque 50 degrés. Pour des raisons de sécurité nous ne sortons pas seuls. A l’intérieur, la climatisation tourne à plein régime tandis que dans la cour sont placés des générateurs gigantesques : les pannes de courant sont fréquentes.

    Accompagnés du père Sliwa ("la croix" en chaldéen), nous allons visiter Seikanian. Ce petit village proche de Kirkuk sort de terre progressivement depuis un an. Le gouvernement a donné 10 000 dollars à cent familles pauvres de la ville pour venir s’y installer.

    Le 12 juillet a été un jour historique, porteur d’espérance pour les Irakiens : la première église construite en Irak depuis 2003 y a été inaugurée. Autant dire que l’évènement est d’importance. Les chrétiens n’étaient pas seuls à s’en réjouir : de nombreux musulmans se sont joints à cette fête. Toute simple et toute bleue, la petite église se trouve au cœur du quartier. Nous y pénétrons, émus. L’évêque du Puy en Velay nous a confié une statue de la Vierge Noire. Mgr Sako viendra l’installer bientôt.

    Le père Sliwa nous conduit ensuite dans sa paroisse. Dans un salon éclairé par la télévision, sa femme nous offre le thé. Dans les Eglises orientales catholiques, un homme marié peut devenir prêtre. Etonnante rencontre pour les Latins que nous sommes, que ce prêtre qui pose aux côtés de sa femme et nous parle de ses enfants. Pour le repas, des familles de la paroisse nous ont invités par groupes de deux ou trois.

    Nous voici dans la famille de Sophia, 23 ans. Etudiante à Mossoul, elle se prépare à devenir ingénieur en électricité. Vêtue d’un tee-shirt à manches courtes et d’un jean, elle nous raconte qu’il "est impossible d’aller comme ça à la fac". Il faut impérativement que jambes et bras soient couverts. Dans la voiture qui l’emmène le matin, elle est obligée de porter un voile qu’elle retire en passant la porte de l’université. Ses professeurs lui parlent différemment parce qu’elle est chrétienne. "La vie à Mossoul est difficile, je ne me sens pas en sécurité". Et pour cause. Il y a quelques mois, des bus transportant des étudiants de Mossoul ont été pris pour cible. Deux jeunes ont trouvé la mort.

    Pour l’heure, l’humeur est aux réjouissances. Sophia partira aux JMJ de Madrid dans quelques jours, avec une centaine de ses compatriotes. C’est la première fois qu’elle sort d’Irak. A l’idée de ce cette rencontre avec des jeunes de tous horizons, ses yeux s’illuminent. Nous sommes dans le salon depuis un long moment. On rit, on danse, on mange, on boit. La maîtresse de maison nous reçoit comme ses enfants. Soudain des cris de joie. Que se passe-t-il ? Le courant est revenu, la climatisation vient de se remettre en marche…

    Iftar interreligieux à Istanbul


    Les leaders et représentants des communautés juive, grecque, arménienne et assyro-chaldéenne d’Istanbul ont participé à un « Iftar » traditionnel organisé par la municipalité de Beyoğlu, dans le quartier de Galata.

    L’hôte de ce repas de rupture du jeûne n’était autre que M. Ahmet Misbah Demircan, maire du district de Beyoğlu à Istanbul. Plusieurs députés du parti AKP (Parti de la Justice et du Développement, au pouvoir depuis 2002) ont assisté à cette cérémonie dont les invités d’honneur étaient les représentants et les leaders des différentes communautés religieuses et ethniques de Turquie. Le Patriarche grec orthodoxe de Phanar, Bartholomée, a participé à l’Iftar traditionnel aux côtés, entre autres, d’Anton Bulai (Eglise italienne catholique), Aram Ateşyan (représentant du patriarcat arménien), Isak Haleva (grand rabbin de la communauté juive), François Yakan (vicaire patriarcal de l’Eglise chaldéenne catholique), Yusuf Sağ (vicaire patriarcal de l’Eglise syriaque catholique), Joseph Nassi (président de la fondation de la synagogue Neve Shalom d’Istanbul) et du Métropolite Yusuf Çetin (Eglise syriaque jacobite).

    Le maire de Beyoğlu a noté le caractère historiquement multiculturel de sa commune avant de déclarer que l’ensemble des communautés ethno-religieuses de Turquie continueraient d’œuvrer pour la cohésion et l’unité. Le professeur Mustafa Çağrıcı, grand mufti d’Istanbul, a, quant à lui, affirmé que le mois du « Ramadan est devenu, au fil des siècles, une valeur commune partagée par des gens appartenant à différentes religions ».

    Le patriarche de l’Eglise grecque orthodoxe de Phanar, Bartholomée, a expliqué que « la foi est un ensemble de valeurs » et que le jeûne n’aurait véritablement un sens qu’à condition de pratiquer des vertus morales comme la protection des nécessiteux et le partage de l’amour et du bonheur.

    Rappelant que le message essentiel de toutes les religions était de démontrer que les êtres humains sont tous nés « de même père et de même mère », le grand rabbin d’Istanbul, Isak Haleva, a interpellé les convives sur le sens du Ramadan. « Le Ramadan, a-t-il dit, est le mois de la miséricorde. […] C’est le message le plus important que ce mois nous prodigue. La majeure partie de l’économie mondiale est consacrée aux armes. […] C’en est assez. Aimons-nous et faisons preuve de miséricorde les uns envers les autres. »

    Les représentants des différentes communautés ont profité de l’occasion pour appeler la population à venir en aide aux populations africaines victimes de manque de nourriture et d’eau.

    Qui sont les Assyro-Chaldéens ?


    Une histoire riche et tragique

    Après avoir contribué à l’essor de la civilisation mésopotamienne, berceau de la civilisation universelle, notamment entre les 3ème et 1er millénaires avant J.-C., le peuple assyro-chaldéen a été marginalisé après la chute des empires assyrien et néo-babylonien-chaldéen, respectivement en 612 et 539 avant J.-C. Il a alors constitué des entités politiques locales, qui ont cessé d’exister à l’ère chrétienne, à l’exception du petit royaume d’Edesse, au sud de l’actuelle Turquie, qui a pu maintenir une certaine indépendance entre les empires romain et perse.

    Le peuple assyro-chaldéen a survécu sur sa terre ancestrale de Mésopotamie, en conservant sa cohésion nationale, ses traditions ancestrales, sa langue et sa culture millénaires. La nation assyro-chaldéenne -martyre tout au long de l’histoire-, persécutée successivement par les Perses achéménides et sassanides, les Arabes omeyyades et abbassides, les Turco-mongols, les Ottomans et les Kurdes reste pour l’instant presque totalement ignorée et oubliée de la mémoire de l’humanité.

    A la fin du moyen-âge, les Assyro-Chaldéens et leur Eglise, cantonnés et isolés sur un minuscule territoire-refuge aux confins turco-persans, étaient entourés de peuples musulmans (Turcs, Kurdes, Arabes et Perses). A la veille de la Grande Guerre, ils ne représentaient plus que 400.000 personnes, survivant dans ces régions peu hospitalières. Divisés socialement entre tribus indépendantes ou achirets (comme celles de Hakkâri), rayas (populations des campagnes soumises aux seigneurs kurdes, les Aghas) et citadins, ils le sont également en matière religieuse entre Nestoriens, Chaldéens catholiques, Syriaques jacobites, orthodoxes et, sous l’influence de missionnaires anglo-saxons, Protestants.

    La Grande Guerre a été pour eux une tragédie sanglante : plus de 250.000 Assyro-Chaldéens ont été massacrés, en Anatolie et en Perse, par les troupes ottomanes appuyées par des irréguliers Kurdes. Cette tragédie continue de marquer la mémoire collective de cette Nation, tout en restant ignorée de la communauté internationale, malgré une documentation historique importante. Rappelons aussi des massacres plus anciens, comme ceux de 1843-46 perpétrés par les émirs kurdes de Hakkâri et de Bohtan, ou plus récents, comme celui du 11 août 1933 à Semmelé, en Irak du nord, perpétré par l’armée royale irakienne avec la complicité active d’irréguliers Kurdes, qui coûta la vie à plus de 3 000 Assyro-Chaldéens, sans aucune intervention des grandes puissances. Tous ces massacres ont poussé les Assyro-Chaldéens à chercher refuge hors de leur région d’origine, notamment en Occident. Aujourd’hui, cette nation compte dans le monde environ un million et demi de personnes.

    Religion

    Chrétiens depuis le 1er siècle et à l’origine d’une grande chrétienté asiatique (le nestorianisme), ils attribuent leur évangélisation à Saint-Thomas et à ses disciples Addaï et Mari. Les historiens estiment que leur Eglise, à l’époque de sa grandeur (7ème-14ème siècles), comptait entre 60 et 80 millions de membres, établis sur un territoire géographique compris entre l’île de Chypre et la Mandchourie, répartis en 250 sièges épiscopaux. La stèle sino-araméenne de Si-Ngan-Fou, érigée à Xi’an, en Chine (781), en atteste.

    Cette Nation-Eglise était dirigée par un catholicos-patriarche siégeant à Séleucie-Ctésiphon, puis à Bagdad. L’Eglise nestorienne, appelée autrefois Eglise des Perses de l’Orient ou Syrienne orientale, rayonnante durant des siècles, se trouva réduite, sous le coup des persécutions successives, à n’être plus que l’ombre d’elle-même. Au 16ème siècle, elle se retrouve divisée en deux patriarcats ou Eglises, avec deux hiérarchies distinctes : l’Eglise chaldéenne catholique (unie à Rome depuis 1553), et l’Eglise nestorienne, appelée Eglise de l’Orient des Assyriens depuis 1976.

    Aujourd’hui, ces deux Eglises se sont engagées dans la voie de l’œcuménisme entre elles. La signature, le 11 novembre 1994, d’une « Déclaration Christologique Commune » entre l’Eglise de l’Orient des Assyriens et l’Eglise catholique (romaine), a représenté un tournant historique pour les Assyro-Chaldéens, parce qu’elle a suscité d’autres initiatives de nature œcuménique envers les autres Eglises de culture araméenne. Voici les principales Eglises de tradition assyro-chaldéenne :

    -          l’Eglise chaldéenne catholique. (Catholicos : Mar Emmanuel III Delly, depuis décembre 2003, siégeant à Bagdad, Irak).

    -          l’Eglise de l’Orient des Assyriens. (Catholicos : Mar Khanenya Denkha IV, depuis octobre 1976, siégeant à Chicago, Etats-Unis).

    -          l’Ancienne Eglise Catholique et Apostolique. (Catholicos : Mar Addaï II, depuis 1972, siégeant à Bagdad, Irak).
             
    De même, deux Eglises sœurs issues du Patriarcat d’Antioche et de culture araméo-syriaque : l’Eglise syriaque catholique; Catholicos (Mar Ignace Joseph III Younan, depuis le 21 janvier 2009, siégeant à Charfet, Liban) et l’Eglise syriaque orthodoxe d’Antioche (Catholicos : Mar Ignatius Zakka Ier Iwas, depuis septembre 1980, siégeant à Damas, Syrie). Malgré des siècles de séparation, ces deux Eglises se sentent aujourd’hui très proches des Eglises assyro-chaldéennes. Toutes ces Eglises tentent, depuis quelques années de se réunir dans une grande Eglise de culture araméenne, susceptible d’intégrer en son sein les éléments épars d’une chrétienté mésopotamienne autochtone. N’oublions pas de mentionner, au sein des Assyro-Chaldéens, une communauté protestante non négligeable, issue des diverses missions protestantes venues aux siècles passés des États-Unis d’Amérique, d’Angleterre et accessoirement d’Allemagne.

    Langue et culture

    Le patrimoine culturel des Assyro-Chaldéens (dans leur grande majorité de culture araméo-syriaque) est inestimable. L’araméen, qui a plus de 3000 ans d’existence, est conservé sous sa forme classique, le Syriaque, dans la littérature et la liturgie. Cette littérature est abondante et compte de nombreux auteurs (Bardesane, Saint-Ephrem, Narsaï, Timothée Ier Le Grand et bien d’autres), qui font l’objet de recherches et d’études de syriacisants d’Orient et d’Occident. Mais l’araméen est également bien vivant dans sa forme vernaculaire et parlée, appelée le Soureth ou néo-araméen oriental, qui s’est modifié et différencié légèrement d’une région à l’autre, au cours des siècles.

    Une précieuse littérature en soureth s’est développée depuis le 17ème siècle et tout au long du 20ème. Le soureth emprunte, depuis quelques années déjà, les autoroutes de l’information, suite au développement de logiciels en araméens. La connaissance de cette langue permet déjà une meilleure compréhension des Evangiles, fondée sur le texte araméen du Nouveau Testament. Rappelons également la contribution des auteurs, penseurs, philosophes et autres médecins nestoriens, comme Houneyn Ibn-Ishaq, Mari Ibn-Souleyman ou Gabriel Boukhticho, aux sciences et littératures arabes et chrétiennes. La pratique quotidienne de l’araméen fait que cette langue est loin de mourir, à condition que ses locuteurs puissent continuer à la parler et à l’écrire, et à développer à travers elle une littérature pour la transposer et la faire vivre dans le troisième millénaire. Il est utile que des Instituts d’études araméo-syriaques puissent voir le jour, en diaspora notamment, où la liberté d’expression et d’association est possible. En Occident, où elles vivent, ces communautés doivent donner l’impulsion nécessaire pour réaliser ces projets. Il en va de la survie et de l’avenir de l’araméen, langue noble et importante dans l’histoire de la civilisation.

    La communauté assyro-chaldéenne en France

    L’origine de la communauté assyro-chaldéenne de France remonte à l’exode consécutif à la Grande Guerre, et aux exactions multiples dont les autorités turques de l’époque se sont rendues coupables. Plus tard, dans les années 1980, et notamment entre 1983-1984, un nouvel exode eut lieu, qui se solda par l’abandon du foyer ancestral de Turquie orientale. Confrontées à ces exodes massifs en provenance du sud-est de la Turquie, les autorités françaises firent preuve de compréhension envers ces plus vieux chrétiens du monde, en leur accordant l’asile.

    Depuis, la majorité d’entre eux a obtenu la nationalité française ; le reste de la communauté est en instance de naturalisation. La communauté assyro-chaldéenne de France, jeune et dynamique, est un modèle d’intégration. Toujours soucieuse de se fondre davantage dans la société française, dont elle se sent membre à part entière, elle en est aussi un acteur socio-économique. Par son attachement constant à son identité, à sa culture, elle peut contribuer, dans la mesure de ses moyens, au développement et à l’essor de la société de sa terre d’accueil, où elle se sent chez elle, bien accueillie et acceptée.

    Constituée d’apports successifs de population, notamment tout au long du 20ème siècle, une communauté de plus de 20.000 personnes vit en France, regroupée sur plusieurs pôles géographiques: Ile-de-France (Val d’Oise, Seine-Saint-Denis et Paris), Rhône (Lyon), Bouches du Rhône (Marseille), Haute-Garonne (Saint-Jorry et Toulouse) et ailleurs. Ces Français d’adoption, dès que leur situation financière le permet, investissent dans les villes où ils sont installés. Beaucoup sont propriétaires de leurs logements et participent à l’essor du commerce local. De plus, l’entraide qui les caractérise assure chez eux un taux de population active relativement élevé. Les jeunes font des études, et beaucoup se sont lancés dans la vie active et engagés dans la vie politique et économique de leur pays, ce qui permet d’envisager sereinement l’avenir.